Rencontre entre un journaliste et Isabelle DERIES, qui interprête, au théâtre, le personnage de Juliette dans la pièce "Le Destin de Juliette", de Philippe BRAZ. La compagnie de Zaza va reprendre ce spectacle au mois de Juillet 2009, au Carré 30, dans le cadre du festival "Vous les avez loupés."

Journaliste:
Avec sa pièce "Le Destin de Juliette", Philippe Braz revisite de façon très libre et très contemporaine le mythe de Roméo et Juliette, la célèbre pièce de Shakespeare.

Isabelle Deries:

Oui, il fait faire à la Juliette de Shakespeare, un très grand saut dans le temps. Elle devient une femme du XXIe siècle, qui pourrait être notre amie, notre mère, notre soeur, notre femme. Cependant, l'auteur n'oublie pas son sujet d'inspiration. Tout au long de la pièce, il nous envoie des signaux, qui nous le rappelle: la nourrice, le moine Frère Laurent, le poison, le poignard, la rivalité entre les deux familles, l'Italie, Vérone.

J:

Mais finalement, la pièce de philippe Braz n'est elle pas une simple copie moderne de celle de Shakespeare?

I.D.:

Non pas du tout! Ces repères, dont je viens de parler, ramènent certes à la pièce de Shakespeare, mais apporte aussi un regard nouveau sur celle-ci, avec l'apparition de personnages qui n'existaient pas chez Shakespeare, comme l'impresario. Cette nouvelle approche permet de traiter le thème intemporel de l'amour avec originalité. Les siècles passent, les habitudes, les coutumes, les moeurs, les rapports entre les personnes évoluent, mais on aime toujours avec la même profondeur. Seule change la façon de vivre et de croire à cet amour, et de lui donner une place dans notre vie, de le faire exister, durer.


J:

Alors quelles sont les différences entre la Juliette de Shakespeare et la Juliette de P. Braz ?

I.D.:

LaJuliette née de la plume de P. Braz a la chance de grandir, mûrir et vieillir. Et sur la fin de sa vie, elle peut faire un bilan, prendre du recul, reconsidérer ses choix. Elle, qui a pu choisir de se marier avec qui elle voulait, et d'aimer comme elle l'entendait. Indépendamment de l'héroïne de Shakespeare, elle a pu choisir de ne pas donner une priorité absolue à son amour pour Roméo. Elle voulait rester libre, exister par elle-même. Cela l'oblige à faire des choix douloureux, déchirants. Mais malgré les années, elle aimera Roméo jusqu'à la fin.


J:

Et nous laisserons au public le plaisir de découvrir comment. D'une façon générale, comment aborder vous un rôle ?

I.D.:

Jem'imprègne du texte, des mots de l'auteur, qui sont aussi ceux du personnage, pour qu'ils me deviennent familiers. Je crée une proximité, une intimité avec le personnage. Sans m'identifier à lui, je cherche à défendre ce qu'il est, et ce qu'il fait pour aller dans sa vérité et son authenticité. Je cherche à lui être fidèle comme une amie. Et plus le personnage est éloigné de ce que je suis réellement, plus l'expérience est enrichissante. La difficulté à le trouver et à le faire naître rend ce travail d'autant plus intéressant. C'est une découverte unique que l'on fait d'abord soi-même, que l'on transmet, et que l'on donne ensuite au public. Celui-ci poursuit ce travail avec sa complicité, son écoute. C'est avec le public que le personnage trouve toute son essence.

J:

Mais alors jouer c'est s'exposer, se mettre en danger ?

I.D.: 

Oui, mais on apprend à oser, et à ne pas avoir peur. On se découvre des possibilités auxquelles on n'avait pas pensé. En fait, on ne se montre pas au public, on présente uniquement le personnage. Mais on ne s'abrite pas derrière lui, il représente un défi. Pour le relever, il faut laisser de côté la représentation que l'on a de soi, pour laisser la place au personnage.


J:

Est-ce difficile de quitter le personnage ?

I.D.:

Assez, oui. Il faut un temps pour s'en séparer, pour lui dire au revoir, l'oublier, et se rendre disponible pour un autre travail de création.


J:

Finalement, pourquoi jouez vous ?

I.D.:

Je joue pour m'affranchir des limites que je me suis données et imposées dans la vie. Cela peut paraître égoïste, mais cette liberté redécouverte me permet justement de mieux aller à la rencontre d'un personnage, de lui donner de la dimension, et de la hauteur. Le public vient avec toutes ses attentes, il a envie d'être surpris, et "d'être pris" comme disait André Roussin. Je ne dois pas le laisser indemne

J:

Pour ceux qui voudraient lire la pièce après l'avoir vue, elle est disponible aux éditions Lafontaine.




                                              

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